Jamila Hassoune






Caravane du Livre 2009

21-26 Avril 2009 à oasis Figuig
Concept et organisation: Jamila Hassoune

Impressions

Chers amis,

cette année, la Caravane a eu un long chemin à faire. Le voyage Marakech -Figuig a duré presque 2 journées entières, une bonne occasion de faire connaissance pour les participants. Mais, pourquoi Figuig? Pour Jamila , un retour aux sources. Sa famille est originaire de Figuig, où le livre est aussi rare que la pluie. Malheureusement, l'hiver dernier cette pluie est venue à averses à Figuig.D' énormes dommages ont été causés par les orages, il y a eu des morts et des blessés, et les Bédouins vivant autour de l' oasis ont perdu leurs tentes, et leurs biens.



La position géo-politique de Figuig, immédiatement à la frontière algérienne, lui a toujours procure un role particulier au Maroc. Autrefois le carrefour des plus importantes caravanes de l' Afrique, elle vit son apogée culturel . Entre 1600 et 1700 , elle possédait la plus grande bibliothèque du Maroc. Sidi Abdel Jappar y a fait apporter 10.000 livres, venant de l'Algérie et de Fès.

Figuig ne faisait même pas part du protectorat français. 12.000 habitants vivent, tant bien que mal, dans cette oasis avec ses 200.000 palmiers. Tous les problèmes marocains se retrouvent dans ce petit monde. 75% des revenues viennent de ceux qui, un jour, ont quitté leure ville pour aller travailler en Europe et ailleurs. Ainsi, la crise économique mondiale touche aussi ce lieu magique au bord du Sahara. Le bayoud, la maladie du palmier, le problème des réserves naturelles d'eau, préoccupent les habitants autant que le changement des structures sociales.

Figuig nous a accuelli avec enthousiasme. Figuig nous a surpris dès le premier soir, et n a pas arrêté de le faire.La préparation de cette Caravane avait été très difficile.La distance entre Marrakech et Figuig étant trop grande pour des rencontres préparatives, Jamila a du tout faire par mail et par telephone.Surprise!!...jamais nous avons rencontré des jeunes et des femmes aussi bien préparés aux ateliers.

Après l'accueil officiel, les professeurs et les élèves du college nous ont montré un montage de diapositives sur le développement et la réalisation de deux projets importants: la construction et l' aménagement d' une bibiliothèque scolaire et d' un jardin. Une collaboration fructueuse pour tous!!! Nos hotes étaient fiers, la fierté se lisait dans les visages. Nous sommes restés bouche bée!

Le lendemain nous nous sommes divisés en deux groupes. Le premier est allé au college En Nahda, pour participer aux ateliers avec les élèves, l' autre groupe a suivi 30 femmes à "la maison pour femmes et enfants". Dans cette maison, Luigia Barone , avec ses collègues de "Attivamente coinvolte", des avocates et des psychologues, présentaient l 'atelier"sortir de la violence est possible… ensemble". La violence en famille est un problème grave au Maroc et le gouvernement travaille intensivement à une loi pour combattre cette violence.

Les femmes de Figuig, comme d ailleurs celles du Sahara, ne connaissent pas la violence physique. Un homme violent perdrait le respect de tous, même de sa propre famille. Les deux avocates lisaient la lettre d' une marocaine immigrée en Italie, qui avait cherché de l' aide dans le Centre Antiviolenza de Rome. Dans cette lettre, la femme raconte ses souffrances et son chemin pour enfin pouvoir se libérer. Cette histoire suscitait de la pitié, mais pour les femmes de Figuig, devoir subir tant de violence serait inimaginable.

Elles se présentaient très fières et pleines d'énergie en dépit de tous leurs problèmes économiques et sociaux. Leur voeu était de discuter leurs problèmes spécifiques avec nous. Nous nous sommes donc assisses en petits groupes sur les tapis pour préparer le couscous. On a ri et on a beaucoup discuté. A la fin , on s' est mis d ' accord , que le lendemain, chaque femme viendrait à la reunion, armée d'une feuille avec son plus grand désir et la proposition d'un logo.

Nous étions très surprises de constater qu'une grande partie des femme, alphabétisée depuis quelques années seulement, parlait le français.

Pendant ce temps-là, les élèves du college travaillaient, très concentrés , dans leurs ateliers. Ils ne voulaient même pas aller dans la pause de midi. L'histoire à achever"au delà des dunes" les fascinait. Maurizia Benassi et Lucia Casteldini les ont surpris avec leur savoir profond sur la vie, les traditions et la musique de Figuig!!

Le Goethe-Insitut de Marrakech a présenté un atelier sur l'expression des sentiments en gestes et en mimique, un des thèmes dominants dans notre travail. Les enfants marocains n'aprennent pas comment exprimer leurs sentiments et"récitent" sans emotion. Dans les autres ateliers on parlait de l eau et de l histoire mouvementée de Figuig. Dans les dessins de cet atelier on reconaissait la fierté de la propre histoire et le désir d'être entendu. Un groupe avait fait une toile formidable représentant la caravane du livre d'autrefois et de ces jours.

L'après-midi nous étions les invites de nos professeurs et de nos élèves.Nous avons fait la visite des dessins rupestres à 20 km de Figuig.Impressionant!! Très impressionant aussi le paysage Figuig-fleuve-Algérie et des aigles qui n ont pas de frontiers …

Le soir, nous nous sommes tous retrouvés à la conférence"le livre, l'enfant et la famille" de Jilali Hassoune. Jilali a approfondi le thème de la relation entre le livre et la famille, entre lecture et développement enfantin. Il a expliqué les pas: VOIR lire, VOULOIR lire, SAVOIR lire et DèVELOPPER la lecture.A une époque pleine de diverses autres tentations, Hassoune voudrait motiver les parents à accompagner leurs enfants à la lecture. Une partie de sa conférence était consacrée à l'importance de la litérature en Afrique .

Le vendredi commençait pour tous à 9 heures. Les marocaines, qui avaient gaté leurs invites avec un couscous délicieux, se mettaient , avec les italiennes, à la preparation d'un repas italien…(évidemment )des pates à l'aubergine. Le nez au dessus des casseroles, séduites par les aromes de la cuisine italienne, on riait, on parlait et après le repas, la surprise!!

Chaque femme a préparé chez elle, le feuille dont on avait parlé ! Sur un tapis, fait par elles-mêmes avec des restes de sacs en plastic, elles joignent les feuilles et les émotions montent. Nous sommes toutes très émues. Et la violence? Oui, la violence aussi nous a joint. Elles parlent de leure violence, de celle qu' elles subissent. Elle est, comme elles disent, comme une"cloche à fromage", qui couvre toute la ville, une pression continue de devoir vivre selon les traditions, mais, les circonstances de la vie étant complètement changées, une impossiblité. Après la prière du vendredi , nous avons fait une longue promenade à travers Figuig.

Le vendredi , les ateliers des élèves avaient lieu au Lucée Moulay Rachid. Il faut dire que le college était mieux preparé. Tout de même, nous avons rencontré, ici aussi , des garcons et des filles motives. Les histoires"au delà des dunes.." devaient maintenant être illustrées. Cette école a la chance de compter parmi les élèves, un groupe de dessinateurs, des jeunes qui publient régulièrement des bandes dessinés.Les élèves du collèege sont venus, la rose à la main, voir ce que deviendraient en dessins, leurs histories écrites . Il faut dire que Maurizia et Lucia vivaient vraiment en symbiose avec "leurs"élèves.

L'atelier"histoire" n' a pas été une grande réuscite.Un professeur nous a raconté après que les élèves avaient du préparer cet atelier sans savoir pour qui ni pourquoi:.Notre but, t une confrontation avec l'histoire, n' a pas eu lieu, mais il faut avouer que cela ne s enseigne pas. Dommage! Dommage aussi l' état désastreux de la bibliothèque scolaire..

Abdel Taibi et Amal Chiti. sont deux professeurs de Skoura , avec qui nous avons très bien travaillé l'année dernière. Nous sommes très heureux qu ils soient venus avec nous pour un atelier"theatre et literature" en anglais et en français. Une grande joie aussi, de voir combien ils ont profité de la caravane du livre 2008 à Skoura, pour leur mode de travail.

Amal Ewida, journaliste à la télivision égyptienne, ainsi qu écrivain, a parlé des styles divers de la poésie au journalisme. Cette femme fascinante a fait rire tout son groupe.

Vendredi après-midi , on a commencé un programme-marathon, qui a duré jusque dans la nuit. D'abord, nos hotes nous ont accompagne et guidè à Figuig, dans la médina avec sa part hébreu et sa part musulmane.Très intéressant aussi, les bains sousterrains. Revenus dans la salle communale, nous avons pu voir les résultats du travail du Goethe Institut. Surprenant de voir combien Jessica Laignel et Jamel Oudali ont pu transmettre en si peu de temps.

Amal Ewida a présenté son livre"Rêves de femmes"et elle en a lu une histoire très émouvante d'une palestinienne.

Le moment culminant de la journée est arrive! La chanteuse Sumaya Abdelaziz, connue dans tout le monde arabe, a donné un concert qui ressemblait à un tremblement de terre et tout Figuig était en fête!

Le samedi est venue l heure du départ, pas avant d' avoir visité les réserves d' eau et les bains de sable. Après une nuitée à Ouarzazate nous sommes rentrés à Marrakech, épuisés mais avant tout très impressions de ce que nous avions vécu à Figuig.

Fotos: Helfried Nagel,Stéphane Billerey, Maurizia Benassi et Françoise Grabowski.
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© Jamila Hassoune, 2008